Et la tendresse bordel ?
Le quotidien n'est jamais très passionnant, la passion est rarement quotidienne.
Voici un petit coup d'oeil, zoom sur la vie amoureusement fabuleuse de Cathrine, ça a des airs de cour des miracles ma vie amoureuse.
Je me suis dit qu'il me fallait consigner ceci afin de ne pas un jour oublier quelle merveilleuse vie j'ai eu avec mes amis de coeur.
Hier : J'arrive chez Éric pour passer la soirée avec lui. Huit jours que je ne l'avais vu... J'ai suivi le rituel à la lettre : positionner la voiture dos au portail automatique du parking, appuyer sur le bouton de la télécommande "ouverture à distance", attendre que le portail s'ouvre avec beaucoup de bruit, reculer et faire un superbe créneau arrière pour me garer au plus près du mur du fond et au plus loin de la cave à vin qui traîne du côté gauche, ceci afin de pouvoir descendre de la voiture sans ramper jusqu'au siège passager.
Ensuite le rituel continue Attraper mon sace, sortir de la voiture, la refermer et courir vite, vite à la porte d'accès intérieure afin de ne pas être plongée dans une pénombre qui m'obligera à revenir face à la voiture et à rechercher l'interrupteur à tâtons.
Challenge réussi ! j'ouvre à l'aide de la clé qu'il m'a confiée au début de notre histoire, j'ouvre donc la porte qui mène soit à l'escalier, soit à l'ascenseur. De moi même j'aurais pris l'habitude de monter l'escalier, deux étages ce n'est pas grand chose. Éric ne monte jamais par l'escalier alors je suis le rituel et j'appuie sur le bouton d'appel. L'ascenseur arrive, j'y entre, j'ai trente secondes pour arranger ms cheveux et constater que j'ai grossi, mais sinon ça va.
J'arrive au second et je sonne, il ouvre. Me voilà chez lui.
Suivant le rituel, l'appartement qui est assez coquet et confortable - Éric est très attaché au confort et à la fonctionnalité - l'appartement est envahi de papiers, cartables et porte-documents divers, des enveloppes aussi, vides souvent, traînent jusque sur le sol, jusque sous la table, la table est inutilisable en tant que table, c'est devenu un amas de documents épars. C'est juste un détail.
Suivant le rituel je l'ai embrassé dans l'entrée qui fait face aux toilettes et je l'ai serré un peu dans mes bras.
Suivant le rituel je ne sais pas s'il est content de me voir mais moi je le suis et j'évite de poser la question.
Nous entrons dans le salon/salle à manger et il va à la cuisine terminer la vaisselle entreprise peu de temps avant mon arrivée. Il fait chaud. je pose mon sac dans un coin libre, je me sers un verre d'eau et sors mon paquet de cigarettes de mon sac, j'attends qu'il ai terminé la vaisselle, qu'il arrive dans le salon, s'asseye à la table et je m'installe face à lui, buvant mon verre d'eau et échangeant quelques nouvelles tandis qu'il se roule une cigarette. Quand il a terminé de la rouler, j'allume une des miennes.
Il va bien mais il est fatigué, beaucoup, toujours plus de travail ces derniers jours, il revient de deux jours à Paris. Je n'ose pas le lui dire mais je le trouve splendide, solaire, irradiant d'énergie. Je lui dit tout de même qu'il a bonne mine, qu'il a prit des couleurs. Il me répond que sans doute dans le métro...
Je sais qu'il n'est pas beau, mais moi, en dehors de la toute première fois où je l'ai vu et où il m'a semblé avoir une très drôle de tête avec beaucoup d'asymétries dans le visage et beaucoup de points noirs aussi, je le trouve d'une beauté fascinante. La première fois j'ai pensé qu'il avait un front de primate, d'homme préhistorique. J'ai pensé qu'il devait être frontal.
j'aime se yeux, bleus ou verts ça dépend des jours, et sa bouche fine, bien dessinée. Il n'est pas beaucoup plus grand que moi et il a une allure massive, pas gras ni gros ni même fort, il est juste "carré". Enfin au niveau supérieur. De larges épaules, un cou assez fort et des pectoraux développés. A partir du nombril il s'affine et a un très joli petit cul rond, rebondi, posé sur des jambes fines et longues.
Donc comme une midinette amoureuse je pense qu'Éric est le plus beau garçon de la terre et les petits minets que je croise qui ont les traits fins et l'allure impeccable me paraissent fades. Les pires ce sont ceux qui ont le visage poupin, j'ai envie de les presser contre mon sein et de les consoler en leur disant que leur maman n'est pas très loin, c'est tout.
Éric et moi allons manger à La Fontaine un shawarma qui a une terrasse sur le trottoir dans un grand boulevard. Rituellement il aime manger là le soir, en terrasse, et observer la vie du boulevard.
Je m'assieds à côté de lui à une table de deux, je ne veux plus tourner le dos au boulevard comme je le faisais au début. Je veux moi aussi pouvoir observer et être vue. Je veux aussi être à côté de lui et non en face, c'est trop loin.
Éric me parle de ses précédentes journées de travail, c'est intéressant mais tellement dense que je n'arrive pas toujours à suivre, parfois je décroche. On commande, toujours la même chose, un kefta pour moi avec de la moutarde pour les frites et de la sauce blanche à la menthe. Pour lui une salade blé concassé-tomates-persil plus une purée de pois chiches. Une bouteille de Boulaouane et enfin un whisky en apéro pour Éric qui adore le bon whisky mais se contente d'un mauvais quand il n'y a que ça, j'accompagne son apéro en buvant un verre d'eau fraîche.
La serveuse est une grosse brune assez jeune. D'habitude elles sont très fines, très jolies, très typées. Celle-ci est grasse comme un loukoum mais elle n'oublie pas les sauces. En revanche elle apporte une demi bouteille de vin au lieu d'une entière. Éric râle un peu mais finalement ce n'est pas plus mal ainsi.
Une bouteille à deux avec mes médicaments c'est un coup à avoir mal au foie pendant deux jours.
Il ne sait pas que pour les médicaments, il sait pour le magnésium, mais pas pour l'antidépresseur, les anxiolytiques et depuis peu l'antipsychotique qu'on m'a prescrit pour que j'arrête de penser très très vite et très très mal.
Il ne sait pas que si je vais mieux c'est grâce à la chimie et il ne sait pas non plus que la chimie m'aide à supporter la rareté de nos rencontres, le fait qu'il ne me dit plus "je t'aime", le fait que comme il l'a dit "il se retient d'être amoureux de moi parce que mon rapport au travail lui fait peur".
Éric est comme ça, engagé forcené dans un boulot qui le passionne.
Moi je suis autrement, persuadée que l'engagement forcené dans un boulot est une façon d'oublier qu'il nous manque l'essentiel.
Le repas terminé j'attends, suivant le rituel, qu'il donne la consigne. Ça ne tarde pas. "On bouge ?"
On bouge, mettre le casque, enfourcher la moto, j'évite soigneusement de me tenir, j'aimerais tomber de sa moto et me fracasser le crâne sur un trottoir pour qu'il s'occupe de moi. Malgré tout j'ai acquis une belle assurance au niveau de la tenue sur une moto. Passagère en équilibre parfait, je sens que la gravité joue en ma faveur et que je ne tomberai pas sauf si lui fait un faux pas. Je sais me pencher dans les virages et l'accompagner donc en tant que passagère.
Nous arrivons chez lui.
Rituel Éric : Allumer tv, rouler cigarette, prendre cendrier, remplir bouteille d'eau, s'asseoir sur canapé, regarder tv. Chercher une série policière et américaine sur tv. Retirer pantalon et chaussures.
Rituel Cathrine : S'asseoir sur canapé, se relever, préparer ricorée du soir, fumer cigarette, faire semblant de regarder tv, attendre, se rapprocher insidieusement d'Éric, l'embrasser dans le cou, lui caresser la nuque.
Rituel Éric : Se détendre, soupirer un peu sous les caresses, rester stoïque cependant et concentré sur série.
Au bout d'un moment, il se lève, déplie le canapé qu'il appelle "le piège à filles", manifeste une envie physique, m'embrasse, me déshabille, je le laisse faire. J'ai mes règles, j'ai envie de lui dire qu'à force de me voir si peu souvent il finira par me voir seulement quand j'ai mes règles.
Un jour par mois et pendant mes règles.
On va finir par faire l'amour mais en tenant compte du sang rouge vif qui risque de couler sur le canapé.
Ce n'est pas grave il a très envie visiblement et moi aussi. J'ai beau essayer avec d'autres, c'est tout de même mon partenaire préféré. C'est lui que j'aime, c'est lui mon amoureux. Les autres je les aime bien mais au niveau de l'amour physique je me force pour essayer de ne pas vivre que dans l'attente d'un Éric qui ne sait pas être là. Pour essayer de débloquer mon plaisir qui ne sait plus venir. Qui a arrêté de venir lorsque les mots tendres ont arrêté de venir eux aussi de sa bouche, celle d'Éric.
Parfois il me dit "Je veux que tu jouisses", j'ai envie de lui dire que s'il voulait vraiment que je jouisse il m'aimerait, il me caresserait avec tendresse, il me dirait que je suis belle, il prendrait le temps de se pencher sur mon corps et de le regarder avec la profondeur et l'intensité qu'il avait au début.
A La Fontaine j'ai ouvert mon sac, il y avait un tube de crème de forme phallique qui était logé dans un petit compartiment, bien visible puisqu'une partie dépassait.
Il m'a demandé ce que c'était ce truc. Je ne voulais pas lui dire que j'utilisais une crème de jour anti-rides, il se serait moqué de moi et de ma préciosité.
Je lui ai dit que c'était un godemiché.
Par Catherine W. cathrine-de-dos, Jeudi 24 Mai 2007 à 16:28 GMT+2 dans Mes amis, mes amours, mes emmerdes (article, RSS)






